• Constats ou fables, les chansons d'Hélène Grandsire...

     

    - Michel Kemper, 18.03.15, NosEnchanteurs, le quotidien de la Chanson  

    Hélène Grandsire, millésime 2014, à nouveau grande cuvée.

    Elle, c’est bien simple, c’est un disque par an, avec une régularité de métronome. Sa récolte de l’année, comme le ferait un apiculteur, comme je le fais pour mes confitures. Toujours en piano-voix, affublé chaque fois du millésime de l’année écoulée. Il y a le cru 2011, le 2012, le 2013… Voici le 2014. Elle, c’est Hélène Grandsire. Visiblement les programmateurs ne la connaissent pas encore, n’ont pas fait le déplacement (qu’ils se dépêchent, le prix de l’essence va bien un jour remonter et ça leur sera plus difficile alors). C’est d’ailleurs son objectif désormais que, même en plein marasme, trouver des lieux pour faire vivre son art, pour simplement chanter.

    Pour vous la situer – on vous la situe toujours ainsi – elle est un peu dans la veine d’une Véronique Pestel. Et de tas de gens de cette famille que, parfois, Hélène Grandsire interprète. Cette fois-ci, c’est Pierre Louki (Grand-père) et Michèle Bernard (Quatre-vingts beaux chevaux). Le reste des titres sont, comme à l’accoutumée, de son mari, Jimmy Grandsire. Elle, se réserve les compositions, le piano et l’interprétation.

    Pour elle, ces quatre opus consécutifs ne sont pas précisément des albums (et pourtant…) mais plutôt une collection de chansons mises en musique et enregistrées au rythme des années. Sans doute comme on tient un journal qu’au final le public peut lire, un journal à quatre mains.

    Ça commence par une fable, pas très éloignée de La ferme des animaux d’Orwell : « Ces animaux apprivoisés / Toujours productifs et dociles / Tous les matins s’en vont bosser / Pour régler la dette, serviles (…) Se pourraient-il qu’un beau matin / Les animaux sortent du bois / Chantant Aux armes etc. ». Le ton est donné, la poésie des Grandsire est mutine, actrice du temps présent, sur tous les terrains (de) vers, de la révolte comme de la tendresse (« Il y a des chansons cachées dans les corsages… ») fut-elle délicieusement coquine (écoutez les petits jeux de Jeanne et Jean…). Constats ou fables, ses chansons sont des modèles de précision, de concision.

    Un piano-voix succédant à d’autres pianos-voix, ça pourrait paraître répétitif. Sauf que chaque livraison est au moins aussi passionnante que la précédente, que chaque chanson est une histoire dans laquelle on s’installe confortablement. Même en se faisant rasade des millésimes antérieurs, à l’orchestration de fait intemporelle, certain alors que c’est bien une œuvre qui se construit année après année.

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